La Samaritaine a rouvert ses portes en juin dernier après d’impressionnants travaux et renoue avec sa splendeur. Mode, gastronomie et palace avec vue sur l’île de la Cité. Aux bâtiments Art nouveau et Art déco rénovés s’ajoute une architecture contemporaine audacieuse côté Rivoli.

Retour sur l’histoire de cet établissement incroyable.

Pourquoi le magasin s’appelle La Samaritaine ?

Le nom de l’enseigne vient d’une pompe à eau remontant au règne de Henri IV (1603). Présente sur le Pont Neuf, elle permettait d’approvisionner le quartier du Louvre. Elle est décorée d’une représentation d’une scène biblique racontée dans l’Evangile selon Saint Jean : la rencontre entre Jésus et la Samaritaine au puits de Jacob. Si la pompe et sa statue ont été plusieurs fois reconstruites et restaurées, elles ont finalement été démolies en 1813 pour être remplacées par des bains publics flottants.

De la petite échoppe au plus grand magasin parisien

L’histoire de La Samaritaine est indissociable d’Ernest Cognac, un ancien vendeur de tissus qui, en 1870, décide de monter un commerce rue du Pont-Neuf dans le Ier arrondissement de Paris. Il sera ensuite rejoint par son épouse, Marie-Louise Jay, auparavant première vendeuse du rayon des confections au magasin Le Bon Marché, et ensemble, ils créeront une affaire aux concepts novateurs. Parmi eux, le fait que les produits aient un prix unique et affiché, ainsi que la possibilité de pouvoir essayer les vêtements. Les produits sont également organisés en rayons, de façon très moderne pour l’époque.

Le magasin n’a ensuite de cesse de s’élargir avec la construction d’un second bâtiment terminée en 1910, puis l’aménagement d’un troisième puis quatrième bâtiment au début des années trente. La Samaritaine occupe alors 4 magasins, qui s’étendent entre le quai du Louvre et la rue de Rivoli. Avec une surface approchant les 50 000 mètres carrés, la Samaritaine est le plus grand magasin parisien, devant (mais de peu) le Printemps et les Galeries Lafayette.

La structure de l’époque n’a pas connu d’évolutions jusqu’au XXIe siècle. Seuls certains travaux ont été effectués pour remettre les magasins au goût du jour. Une partie des éléments de la Samaritaine est inscrite aux Monuments Historiques.

En 1926, l’architecte Frantz Jourdain qui fut chargé d’imaginer la conception et la construction du bâtiment qui durera une cinquantaine d’années, fait appel à son ami et collègue Henri Sauvage. Ce dernier va insuffler l’esprit Art Déco dans ce joyau du commerce parisien avec la construction de derniers étages en gradins sur la Seine.

Mais après l’ascension fulgurante, le déclin s’amorce dans les années 1970.

LVMH devient l’actionnaire majoritaire de La Samaritaine en 2001 avant d’en faire l’acquisition totale en 2010. Le groupe tente de lui redonner une seconde jeunesse mais le magasin doit fermer ses portes en 2005 en raison de la vétusté des bâtiments.

Puis vint le renouveau

Le chantier colossal de rénovation débute au milieu des années 2010 et se fixe pour ambition d’y réunir sous sa verrière un grand magasin, un hôtel cinq étoiles de 72 chambres, des bureaux, des logements sociaux, ainsi qu’une crèche. Le coût total des rénovations s’élève à 750 millions d’euros. Le magasin s’étend aujourd’hui sur 20 000 mètres carrés, contre 30 000 au moment de sa fermeture.

L’architecte Christian Reyne, DG de la Samaritaine, prend en main le chantier de restauration des deux principaux bâtiments, Sauvage et Jourdain. Une course contre la montre démarre pour terminer au plus vite le chantier, retardé en 2020 par la pandémie. Une étude historique des archives est lancée pour retrouver les apparences originelles des structures, puis des centaines d’artisans restaurateurs sont engagés partout en France.

La verrière et sa structure Eiffel dévoilent leur éclat d’antan, l’immense fresque des Paons, chef-d’œuvre Art nouveau situé au dernier étage, également. La décoration en lave de Volvic de la façade extérieure demande une rénovation colossale et même, à certains endroits, une reconstitution iconographique. Le garde-corps du grand escalier intérieur a été brossé de 16 000 feuilles d’or, et ses céramiques, recouvertes d’enduit au fil des années, sont réapparues.

Lieu de perdition destiné aux porte-monnaie d’étrangers fortunés, la nouvelle Samaritaine peut aussi se traverser comme un bout d’Histoire. Pour les flâneurs en manque de beauté… Si vous êtes à Paris ou que vous y passez, le déplacement vaut le détour.

 

Plus d’informations sur le site web. La Samaritaine, 9, rue de la Monnaie, 75001 Paris. Ouvert du lundi au dimanche, de 10:00 à 20:00.

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